Elysée, la solitude du pouvoir

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de Jean-Michel Djian

 En faisant de l’Elysée le Palais le plus convoité, mais aussi l’un des  plus mystérieux  de la République,  le fondateur de la Vème du nom n’imaginait sûrement pas que ses successeurs y découvriraient  l’immense solitude du pouvoir.  De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, puis Hollande,  chacun d’entre eux a pu  mesurer, là,  dans cet hôtel particulier du XVIIIème siècle au allure de bunker, ce que représente le vertige de la fonction mais au-delà celui de la prise de décision. C’est cette histoire-là, imperceptible et intime, solitaire et silencieuse, qui est ici contée à travers des évènements marquants, des témoignages inédits et  des archives rares. On y découvrira surtout comment des hommes d’Etats sont capables de se murer secrètement dans la sérénité,  la gravité, la tragédie comme la dignité pour épouser leur destin comme celui de la France.

1er épisode

Ce sont les évènements de Mai 1968 qui condamne le Général à la solitude politique. Lorsque son Premier Ministre Georges Pompidou, en face du chaos qui se dessine,  décide de reprendre la main, De Gaulle se sent trahit. Alors, sans rien dire à personne,  il fuit (témoignage inédit de son aide de camp Flohic et de son chef du service de presse Pierre-Louis Blanc). Quand Pompidou lui succède au Palais en 1969 celui-ci se désole de constater que « l’Elysée est une prison ». La nomination de  Chaban-Delmas à Matignon puis  la maladie   finiront  par isoler totalement  le Président qui en souffre plus que de raison (témoignage inédit de son fils Alain Pompidou). Lorsque Giscard est élu en mai 1974, le « dépoussiérage » du protocole élyséen va se retourner contre ce jeune  aristocrate soucieux d’être proche de son peuple. En réalité il  est de plus en plus seul, surtout lorsqu’il doit décider de ne pas gracier un condamné à mort…. (témoignage de Jean Pierre Soisson). La ferveur qui accompagne  l’élection de François Mitterrand en 1981 sera de courte durée. Dès 1986, le président socialiste doit nommer à Matignon son pire ennemi, Jacques Chirac. Le centre nerveux du pouvoir semble se déplacer de l’autre côté de la seine. Pendant deux ans Mitterrand est totalement isolé à l’Elysée, jusqu’au moment où la force de l’expérience fera la différence. (Témoignage d’Hubert Védrine, Erik Orsenna et de Mazarine Pingeot).

2eme épisode

Le second septennat de François Mitterrand incarne à lui seul la tragédie du pouvoir avec  la solitude qui l’accompagne. A la maladie du Président s’ajoute deux suicides, ceux de François de Grossouvre et de Pierre Bérégovoy. Un  silence mortifère parcourt le palais (témoignage de Franz Olivier Giesbert, Mazarine Pingeot, Hubert Védrine). Lorsque Jacques Chirac lui succède, c’est d’une autre solitude dont on parle. Celle d’un homme qui,  contesté par les rivaux de sa majorité,  n’a de cesse de s’enfermer dans un imaginaire très personnel, celui des arts premiers (témoignages inédits de Frédéric Salat- Baroux, Jacques Toubon, Béatrice Gurrey). Quand Sarkozy est élu en 2007 ce sont, un an plus tard,  les morts de jeunes soldats français en Afghanistan qui  laissent entrevoir la solitude extrême du jeune président. Un homme mortifié par la tragédie, immobile, silencieux et seul devant l’Histoire (témoignage de Franck Louvrier, chef du service de presse et  Emmanuelle Mignon sa directrice de cabinet). Enfin lorsque François Hollande accède au pouvoir suprême en 2012, personne ne s’attend à ce que ce président inattendu  devienne un chef de Guerre. C’est pourtant ce qu’il advient  lorsque les djihadistes  envahissent le Mali. Le ministre de la défense  Jean Yves le Drian et le secrétaire général de l’Elysée Pierre-René Lemas racontent ici ces heures graves de janvier 2013 où François Hollande doit décider, seul, de déclarer la guerre. 


Note d’intention du réalisateur

Libre adaptation du récit que j’ai consacré à la solitude du pouvoir sous la Vème république (Grasset 2015), j’ai voulu ici  observer la magistrature suprême sous le prisme de son exil intérieur. Ces moments  indéfinis où un chef d’Etat est définitivement seul pour décider ; où les amis, les conseillers, la famille n’existent plus ; où seul l’intérêt du pays, le sens de l’intérêt général mais l’égoïsme aussi parfois  conduit à trancher. Dans cette monarchie contrariée qu’est la République le « roi » est seul. Et c’est aussi cette solitude-là qui nous gouverne, qui  s’impose à celui qui incarne le pays, qui  rejaillit  sur le peuple. Mais j’ai aussi voulu montrer qu’au-delà des idées partisanes, des combats politiques et de la personnalité individuelle de ces 7 conquérants, ce sont les événements qui décident ou non  du destin de ceux qui accèdent au pouvoir. Ce film en est une illustration à la fois symbolique et politique. Et c’est le philosophe Michel Onfray qui, dans ce documentaire, le résume : «  c’est au fond la capacité de solitude des  hommes de pouvoir qui en font ou non des grands Présidents ».

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