POINT DE VUE. Le surpeuplement planétaire, un sujet tabou

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 par Jean-Michel Djian – Journaliste et écrivain
Publié le 14/06/2021
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Jean-Michel Djian www.jeanmicheldjian.com« Pour avoir les yeux rivés sur nos portables et les oreilles collées à l’actualité immédiate, on en oublierait presque le futur de l’humanité. Il ne s’agit pas de réchauffement climatique, ni d’épidémies ou de nouveaux conflits internationaux larvés, mais de surpopulation », estime Jean-Michel Djian, journaliste et écrivain.

Pour avoir les yeux rivés sur nos portables et les oreilles collées à l’actualité immédiate, on en oublierait presque le futur de l’humanité. Il ne s’agit pas de réchauffement climatique, ni d’épidémies ou de nouveaux conflits internationaux larvés, mais de surpopulation. Ou plutôt de la contradiction supposée entre le surpeuplement inéluctable de la terre et de la procréation naturelle (ou non). Car les chiffres devraient faire réfléchir. Selon l’ONU, nous sommes aujourd’hui plus de 7,6 milliards d’êtres humains à habiter la planète et nous serons 9,5 milliards d’ici 2050. L’explosion démographique des pays émergents et l’allongement de la durée de vie dans les pays développés expliquent pour l’essentiel ce qui nous attend. Tout cela nous le savons depuis longtemps : les démographes nous instruisant régulièrement de leur science quasiment infaillible. Et pourtant aucune nation, aucun responsable politique international ne cherche à mettre en équation le dilemme universel qui déjà se pose. Comment, comme le suggère François Bayrou, encourager les Françaises et les Français à faire des bébés si la planète, devenue invivable, est surpeuplée ? Pourquoi encourager le développement dit durable si la Terre manque d’eau sachant que, à ce jour, 80 pays en sont désormais privés et une personne sur cinq n’a pas accès à l’eau potable ? Est-il encore responsable de déclarer comme l’a fait Vladimir Poutine lors d’un discours à la Nation au début des années 2000 qu’« un pays aussi vaste que la Russie devrait avoir au moins 500 millions d’habitants. » ?

Une question taboue

À cela s’ajoute une propension naturelle des habitants des pays occidentaux à consommer outrageusement, donc à polluer alors que ce sont les mêmes qui fécondent le moins (à titre indicatif un américain souille 91 fois plus qu’un habitant du Bangladesh). Cette réalité agissante ne semble pas interroger outre mesure nos gouvernements plus préoccupés à financer les retraites futures qu’à raisonner sur la question de la place et le bonheur des enfants dans le monde de demain.
Mais la question de la surpopulation est taboue, elle écorne directement nos valeurs, chrétiennes en particulier. Le révérend Père Riquet, qui jadis officiait à Notre-Dame de Paris, rappelait régulièrement que « la Bible insiste sur l’immuable fondement d’une morale démographique du christianisme ». Comment dès lors prendre à bras-le-corps l’ampleur de ce problème éthique, démographique, économique et maintenant écologique si personne ne semble avoir la moindre idée de son importance ?

À l’heure où la Chine va bientôt autoriser les couples à élever trois enfants au lieu de deux, la fuite en avant démographique repart.

Il va pourtant bien falloir un jour que l’on sache pourquoi on fait des enfants et dans quel dessein surtout si c’est pour les encourager à se concentrer à terme dans des mégalopoles. Et même si la fécondité est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux États, force est de constater que les mentalités s’interrogent devant les contraintes psychologiques et financières de toutes sortes qui pèsent maintenant sur les nouvelles générations. Un doute métaphysique s’installe. Alors pourquoi ne pas l’affronter ? En attendant méditons les propos du grand Alfred Sauvy qui, dans « La France Ridée » publiée 1986, écrivait : « Si fondamentaux sont les problèmes de population qu’ils prennent de terribles revanches sur ceux qui les ignorent. »

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