Éloge de la confiance

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Dans La Société de confiance d’Alain Peyrefitte, un ouvrage publié en 1977 mais oublié depuis, l’ancien ministre mal-aimé du Général de Gaulle stipulait: « Il est impensable de réduire l’échange, quel qu’il soit, à un contrat formel. »

 Il lui faut « une fluidité » que seule l’intuition, le geste et la parole accompagnent. Si l’homme est naturellement bon, il faut prendre le risque d’y croire.

En d’autres termes, Peyrefitte pressentait l’irruption d’une défiance généralisée capable de fragiliser l’organisation de nos sociétés, une crainte de voir tout un chacun se protéger de ce qui inquiète, de ce qui fait peur.

Défiance vis-à-vis de l’innovation technologique pourvoyeuse d’anxiété ; défiance à l’encontre d’une industrie naissante de la communication qui nivelle l’information, défiance à l’endroit d’un État omnipotent et sûr de son bon droit.

Défiance enfin envers son voisin, coupable d’être a priori différent.

Cette pénétration de la défiance dans tous les pores de la société a engendré un réflexe juridique et judiciaire dont on ne mesure vraiment ni le coût ni les dégâts collatéraux.

Seuls, l’État, les assurances, les juristes et les avocats le savent, eux qui en vivent et en tirent accessoirement profit.

Prendre le risque d’y croire

Pour de bonnes et de mauvaises raisons, la confiance n’est plus un pari pour gagner, mais une anomalie qu’il faut circonscrire.

Bien sûr que la malhonnêteté existe, que l’arnaque fait partie du genre humain.

Mais vouloir administrer le principe de précaution à tout fait et geste qui engage l’autre revient à le considérer comme suspect. C’est si vrai que, du récépissé qu’il faut signer pour l’acte administratif le plus banal jusqu’au principe de déchéance nationale qu’il fallut brandir pour rassurer les peureux, c’est l’artillerie lourde de la suspicion qui est à la rescousse pour faire de la méfiance un principe vertueux.

Selon le sociologue Olivier Galland, auteur d’une étude à ce sujet en 2011, « seul un quart des Français déclare pouvoir faire spontanément confiance aux autres ».

Surprenant, d’autant que dans le concert des pays européens, elle se situe dans la deuxième moitié du tableau.

Comment, dans ces conditions, cultiver l’idée selon laquelle la très grande majorité des citoyens aimerait vivre en confiance ?

Que malgré tout ce qui concoure malheureusement à la décourager ou à la ringardiser, elle produit une empathie, un enthousiasme propre à rendre heureux ?

En finir avec la peur de l’autre

Oui, la confiance, aussi risquée soit-elle, car elle l’est, est consubstantielle à la vie.

Elle est la marque indélébile de la présence sur terre de gens libres et affranchis, d’êtres humains prêts à en finir avec la peur de l’autre.

Il suffirait que « la confiance reparte », comme on dit en économie, pour que l’on prenne l’exacte mesure des forces dont dispose cette vertu pour soulever des montagnes et redonner du cœur à l’ouvrage.

(1) Jean-Michel Djian, journaliste et écrivain.

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