Actualités

UtopieCitoyenne_Liberation

UtopieCitoyenne_LeMonde

 

Feuilleter l’ouvrage

 

fabrique-du-citoyen

 

 

 

 

La fabrique du citoyen, un film de Jean-Michel Djian

Diffusion sur Public Sénat le 12 mars 2016 à 22h


“L’utopie citoyenne” : tout ce que nous devons à la Ligue de l’enseignement

 

Par Caroline Brizard 

Qu’ont donc en commun les Auberges de jeunesse, les Eclaireurs de France, les coopératives scolaires et les associations loi 1901 ? Elles sont toutes les rejetons d’un mouvement d’émancipation unique en France né au sein de la société corsetée du XIXe siècle : la Ligue de l’enseignement.

Ecrit par Jean-Michel Djian, ancien rédacteur en chef du “Monde de l’éducation”, son beau livre rend justice à cette aventure, portée par des personnalités rentrées dans l’imaginaire collectif et illustrée par une collection de documents rares provenant des Archives nationales : photos, affiches, extraits de journaux… 

“L’utopie citoyenne”, de Jean-Michel Djian (La Découverte, 2016).


Jean Macé, le pionnier

Jean Macé, l’initiateur, un homme aux yeux clairs, pose pour Nadar. Sa bouche serrée, son regard clair, un peu distant, révèlent une détermination sans faille. Ce visionnaire ne se paie pas de mots. Avant 1850, il est journaliste. Il colporte de ville en ville une feuille de chou qui parle de République dans un langage simple, qu’il distribue du haut de sa voiture à cheval. Ce “Pic de la Mirandole de la fraternité”, banni par le futur Napoléon III après son coup d’Etat, s’exile pour enseigner en Alsace. Il y met ses idées en pratique.

Avec le soutien d’un chef d’entreprise à Mulhouse, par exemple, il institue une Société des bibliothèques communales, une entreprise qui fera école partout en France. Revenu à Paris, il lance un journal ” d’éducation et de récréation ” avec un ami éditeur, Elisée Reclus… Et Jules Verne, l’auteur des ” Voyages extraordinaires “.

L’enthousiasme des lecteurs pour ce partage du savoir est tel que, s’inspirant du modèle belge, Jean Macé décide de créer le 15 novembre 1866 la Ligue française de l’enseignement, un mouvement pour défendre l’idée de l’instruction pour tous. Il y a urgence ! A cette époque, 40% des jeunes mariés sont incapables de signer leur nom dans le registre d’état civil.

Quelques mois après sa naissance, la Ligue compte déjà 5.000 membres, qui, très vite, s’organisent en “cercles” républicains dans les villes, et proposent des cours dispensés par des avocats, architectes, médecins, tous portés par le même idéal. Les francs-maçons les soutiennent.

L’école laïque, gratuite et obligatoire

En 1871, portés par cette effervescence nationale, Jean Macé et ses amis lancent une pétition dans les journaux pour une ” instruction gratuite et obligatoire “. Elle recueille 1,3 million de signatures. Et bientôt celles de 3.000 conseils municipaux !

La Ligue dérange pourtant l’ordre social, marqué par des siècles de déférence envers les puissants. L’Eglise sent son autorité sur les esprits menacée. La guerre est déclarée entre la calotte et les laïcards. Mais le mouvement est irrésistible. Avec le retour de la République après la guerre de 1870, le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry est un “ligueur”. Tout comme son directeur de l’enseignement primaire, Ferdinand Buisson, auteur du Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire – un ouvrage qui continue de faire référence aujourd’hui.

En 1881-1882, tous deux font voter les lois sur l’école primaire obligatoire, gratuite et laïque ; et le 9 décembre 1905, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, préparée par le même Ferdinand Buisson.

Un demi-siècle de règne sans partage

La Ligue invente tout azimut. Elle formalise ce que sera l’association, “l’image réduite de ce doit être la grande société humaine dans laquelle le but essentiel sera de penser aux autres au lieu de penser à soi “, selon les mots de Léon Bourgeois, président de la Ligue avant de devenir président du Conseil en 1894. Le projet est validé en 1901 par le vote de la loi sur le droit d’association.


(Ligue de l’enseignement)

En 1925, la Ligue, qui n’a cessé de se multiplier ses propositions, règne sur tout ce qui développe la solidarité et l’émancipation des citoyens : les activités sportives au sein de l’Ufolep (Union française des œuvres laïques d’éducation physique), la culture avec les ciné-clubs, les vacances et les premières colonies… Du coup, elle change de nom, et devient la Confédération générale des oeuvres laïques, plus que jamais reconnue par l’Etat.

Jean Zay, ministre de l’éducation du Front Populaire, entré au Panthéon en 2015, est lui-même un “ligueur”. Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle Confédération, considérée comme un ferment libertaire, a été dissoute, l’Education Populaire obtient même une Direction au Ministère de l’Education nationale. Elle est quasiment de devenue un service public.

L’utopie résiste

Cette consécration du mouvement est fragilisée par la montée du consumérisme de la deuxième moitié du XXe siècle, qui en désagrège lentement les valeurs collectives et fraternelles. Jean-Michel Djian écrit :

Le militantisme patriotique et laïque n’est plus de saison. (…) Ce sont des individus qui font bouger la France, plus tout à fait des citoyens.”

Les œuvres de la Ligue se sont si bien émiettées qu’on n’en voit plus la cohérence.

En 1999, la dernière grande création de la Ligue est le Salon européen de l’éducation, devenu depuis la vitrine annuelle du monde éducatif. Pourtant, malgré le délitement économique de ces dernières années qui le prive de subsides publiques, le mouvement tient son cap. L'”hydre confédérale”, qui compte 25.000 associations affiliées, continue de défendre le “vivre ensemble” et la laïcité, dans une société de plus en plus fracturée autour d’intérêts particularistes. 

Caroline Brizard


L’Utopie citoyenne. Une histoire républicaine de la Ligue de l’enseignement

Dans le sillage du coup d’État du 2 décembre 1851, des républicains épris des idéaux de la Révolution française rêvent d’instaurer une véritable démocratie. Un jeune utopiste du nom de Jean Macé lance alors un appel à la mobilisation citoyenne pour « lutter contre l’ignorance ».

Ainsi naît en 1866 la Ligue de l’enseignement. Prônant une école obligatoire, gratuite et laïque, ce mouvement d’éducation populaire s’étend rapidement à tout le territoire, porté par un imaginaire républicain fécond. Ses fondateurs vont inspirer des lois dont l’actualité ne s’est jamais démentie : celles de 1881 et 1882 sur l’école, de 1901 sur les associations, de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Forte de ses milliers d’enseignants et militants associatifs, la Ligue élargit le périmètre scolaire en organisant à grande échelle aussi bien la pratique sportive que l’éducation artistique et citoyenne (ciné-clubs, colonies de vacances, auberges de jeunesse, séjours culturels à l’étranger, accueil de réfugiés, cercles Condorcet…).

Aujourd’hui, si la Ligue de l’enseignement n’échappe pas à la crise de confiance qui s’est installée entre le pouvoir politique et la société civile, elle résiste cependant. En effet, quel mouvement citoyen peut se prévaloir, 150 ans après sa naissance, de réunir encore près de deux millions d’adhérents ?

C’est donc tout un pan méconnu de l’histoire de notre République qui est ici raconté, grâce à des documents rares provenant des Archives nationales et des contributions inédites de penseurs et écrivains contemporains.

Sortie le 4 février dans toutes les bonnes librairies.

Feuilleter l’ouvrage


06 février 2016 – 17h00

Rencontre animée par Mazarine Pingeot avec Jean-Michel Djian, pour la parution de son livre L’utopie citoyenne à l’occasion des 150 ans de la Ligue de l’enseignement.

Théâtre Les déchargeurs 2, rue des déchargeurs 75001 Paris

> entrée libre sur inscription ici

telerama jean-michel djian cantona

“Grande traversée” : les mille et une vies d’Arthur Rimbaud

Auteur des “Rimbaldolâtres”, le journaliste et politologue Jean-Michel Djian consacre une “Grande traversée” en cinq volets au père des “Illuminations” et ses mystères, où se mêlent analyses érudites et témoignages fascinants.

Il faudra voyager ­léger pour embarquer à bord de cette Grande traversée consacrée à Arthur Rimbaud. Sans regrets, il faudra abandonner sur le quai le portrait de ce jeune homme au regard transparent et au noeud de cravate de guingois dans lequel les posters de chambre d’ado l’ont trop longtemps figé. L’enthousiasme servira de passeport, à l’image de celui qui anime — Jean-­Michel Djian, instigateur, avec Charlotte Roux, de ce voyage de dix heures proposé sur les ondes de France Culture. « Rimbaud est un concentré de vie, qui, en seulement quatre ans, a su donner le meilleur de la poésie. Avec l’alphabet, il fait vibrer des univers mentaux. »

Vivier énorme

A ce Rimbaud en mille morceaux, Jean-Michel Djian a consacré six mois de sa vie. Il en résulte une épopée en cinq épisodes : « Le génie », « Le voyou », « Le commerçant », « L’explorateur » et « Le mystique ». En plus d’avoir réalisé trente-cinq interviews de rimbaldiens de toutes obédiences — spécialistes éminents comme Alain Borer, amateurs éclairés comme Philippe Besson ou Yves Simon —, le producteur s’est immergé dans les archives de l’INA. « Je ne m’attendais pas à puiser dans un vivier aussi énorme ! Toutes les strates générationnelles ont été fascinées par Rimbaud. Sa force de frappe esthétique dépasse la contingence ! »

“Sauvage savant”

Il a ainsi exhumé des pépites, tel ce ­témoignage du fils de Charles Cros évoquant, en 1955, comment Rimbaud, personnage « pas commode », prenait un malin plaisir à casser les fioles du laboratoire de son père. Et puis il y a de longues minutes d’exégèse rimbaldienne, fascinantes par leur densité. Ainsi Michel Butor disserte-t-il, en 1982, sur la notion de « sauvage savant ». Et lit, d’une voix teintée d’un certain amusement, une lettre de 1885 rédigée depuis l’Afrique : « Je ne vous envoie pas ma photo. J’évite avec soin tous les frais inutiles. »

Sobriété janséniste

Jean-Michel Djian, lui, s’épargne les afféteries. La réalisation de sa Grande traversée fait montre d’une sobriété janséniste, là où il aurait été si simple de céder au baroque. Quand Jacques Bonnaffé lit une lettre au poète Théodore de Banville — « Nous sommes au mois d’amour, j’ai 17 ans… » —, le verbe rimbaldien se déguste cru. Le producteur assume ce dépouillement : « Plus on sort des artifices, plus on fonce dans la littérature. Et plus j’écoutais les entretiens recueillis et les archives, plus je me disais “il faut que tu serves cela. Pas que tu t’en serves”. » Dans le premier volet, consacré au génie, Fabrice Luchini s’emporte : « Ce sont des émissions de dix heures [qu’il faut] pour se confronter au mystère Rimbaud ! » Jean-Michel Djian les a eues. Et Rimbaud est bien servi.

A lire :
Les rimbaldolâtres de Jean-Michel Djian, aux éditions Grasset, 13 €.

Grande traversée. Rimbaud en mille morceaux
Du lundi au vendredi, à 9h10 sur France Culture.

http://www.franceculture.fr/emission-grande-traversee-rimbaud-en-mille-morceaux


 


Comments are closed